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SPORT ET ÉDUCATION PHYSIQUE

Par afs • Education et pédagogie • Jeudi 03/04/2014 • Version imprimable

MENS SANA IN CORPORE SANO

     Dans notre monde matérialiste, le sport est devenu objet d'ambitions et de compétitions effrénées, stimulées par la drogue, et source d'immenses profits.
     André Delmotte, ancien professeur d'éducation physique, rappelle ici la saine mesure nécessaire à la formation du corps.
  
    En 1925, le lieutenant de vaisseau Georges Hébert faisait paraître un petit ouvrage intitulé Le Sport contre l'Éducation physique, où il montrait et déplorait le gauchissement que l'on faisait subir à l'éducation physique par la généralisation immorale du sport de compétition. Que dirait-il de nos jours?!
     En soi, le mot "sport, qui vient probablement du vieux français «Soy desporter», n'a rien de nocif, mais, curieusement utilisé par la mentalité anglo-saxonne puis «vedettisé» et commercialisé, sa légitime tendance à l'émulation s'est vue transformée en un siècle en celle de compétitions hautement rémunératrices.
Le sport contre
l’éducation physique

    Aujourd'hui, ce n'est plus une tendance, c'est une systématisation étouffante, dégradante. Il ne s'agit plus de s'exercer afin d'acquérir ou de développer un ensemble utile de qualités physiques ou morales mais de s'entraîner pour gagner; gagner, donc : battre.
     Dans les sphères officielles, ce qui était Inspection ou Direction générale de l'éducation physique, partie intégrante du ministère de l'Instruction publique ou de l'Éducation nationale, est devenu ministère de la Jeunesse et des sports. Gagnant en prestige politique et en crédit budgétaire, il a perdu sa signification vraie, son utilité. Ici, comme en tant d'autres domaines, l'ambiguïté des mots permet maintes interprétations... légales.
      Ainsi, en arrive-t-on, par exemple, aux aberrantes épreuves physiques du baccalauréat où le ping- pong obtient ses lettres de noblesse et où la manière de sauter d'un champion spécialiste est imposée à tous pour le saut en hauteur. Aux candidats, jeunes gens dont la plupart passent pour la première fois des épreuves physiques, il n'est plus demandé de réaliser un ensemble cohérent, diversifié et harmonieux, d'épreuves permettant une estimation probante de leur valeur physique mais de prouver qu'ils se sont évertués à frapper une balle minuscule avec des gestes de faible amplitude, des déplacements retreints, aussitôt bloqués, ou qu'ils ont dû bûcher un «style» de saut anti-naturel qui ne leur permet au mieux que de gagner quelques centimètres. Dans le premier cas, on peut admettre qu'ils ont amélioré certains réflexes mais au prix d'une grande dépense d'influx nerveux et avec peu d'effet sur les grandes fonctions organiques. Dans le second cas, on ne peut pas comprendre cette contrainte qui ne convient peut-être en rien à leur tempérament et qui les oblige à perdre temps et énergie qui auraient probablement pu être mieux utilisés ailleurs. Si, sur sable, Lewden réussissait 1m 95 en ciseau avec retournement à l'intérieur et Wittevrongel dépassait 2m au rouleau californien (esquive latérale), combien de candidats au bac arriveront au 1m 75 après s'être acharnés sur le Fosbury au détriment probable d'autres concours ou du saut lui-même?

Une éducation progressive,
hiérarchisée...

     Cette vision fausse du sport fait que trop souvent les élèves des petites et des moyennes classes des lycées et collèges ne font plus d'éducation physique. Eux pourtant, devraient en être les premiers bénéficiaires.
La souplesse, la rectitude, la tonicité de la colonne vertébrale, l'éducation respiratoire en synergie avec le développement des quatre couches musculaires abdominales, l'assouplissement articulaire, le développement et la tonification progressives raisonnables de l'ensemble musculaire, gages habituels de la solidité osseuse si l'alimentation est saine, sont à entretenir et à améliorer tout au long de la croissance.
     L'esprit ne peut qu'en tirer profit. L'influence de la respiration sur le nerf trijumeau par exemple, n'est plus à démontrer : diction améliorée, pensées mieux exprimées et peut-être clarifiées, affolements nerveux (le fameux stress...) calmés par une respiration maîtrisée et une conscience plus sûre de ses moyens physiques. Il ne s'agit pas de yoga, de zen ou d'autres méthodes réceptrices de prana et pourvoyeuses de nirvana, mais simplement de mouvements naturels exécutés au cours, ou à la fin de la leçon. (Le rythme respi-ratoire 2-2 ou 3-2 utilisé pour les courses de fond ou de demi-fond fait partie de cette éducation respiratoire bien que d'une façon élémentairement utilitaire).
      Nous n'avons pas l'intention de «démolir» le sport, même le sport avec compétitions. Nous avons, en notre temps, pratiqué assidûment le basket avec nos autres activités. Nous ne voulons pas non plus supprimer aux plus jeunes les jeux sportifs. Cependant, nous souhaitons instamment que cela se fasse avec raison et mesure sans anéantir le principal : l'éducation physique.
...au profit de l'esprit    
     L'éducation du corps, liée à celle de l'esprit, a un ordre, une gradation, une progressivité et même, s'il est possible, une personnalisation. Elle ne peut se réduire à n'être que la servante d'idéologies, de modes, de fantaisies irrationnelles ou paresseuses ou d'appâts mercantiles. Elle est au contraire un développement raisonnable et hiérarchisé de la personne, pour son vrai bien, celui de la famille et de la société en vue d'une finalité transcendante.

André Delmotte



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