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Malaise social et rôle des institutions

Par afs • Politique et société • Jeudi 30/01/2014 • Version imprimable

 

Un jeune homme m’affirmait que la seule solution au malaise social était la conversion personnelle de chacun. Ne voulant pas briser un tel élan de générosité, je tentais de lui expliquer que la prospérité d'une société ne se réduit pas à la seule valeur des personnes qui la composent.

 

Pour satisfaire à nos besoins, pallier nos faiblesses, mais aussi pour atteindre chacun de nos buts –et jusqu’à notre finalité dernière, qui est de louer, servir Dieu…et sauver notre âme– nous avons besoin des autres. C’est le fondement de toute vie sociale.

 

Or, une communauté par ses structures, les références qui l'animent, les règles qui l'administrent…, exerce sur les hommes une influence sous-estimée. Par-delà les hommes, il y a les institutions. Elles exercent un pouvoir considérable : elles agissent sur les personnes, à leur profit ou contre elles. Il arrive qu'elles agissent contre ceux qui les ont instaurées : ceux qui ont fait 1789 ont fini, broyés par les institutions qu’ils avaient mises en place !

 

Notre société sécrète une qualité de mœurs telle qu'il faut être un héros ou doté de grands mérites pour y bien vivre et… y assurer son salut. Nos gouvernants, soit ne se préoccupent pas d’établir les conditions d’une « vie digne de l’homme ou du chrétien », soit veulent s’affranchir des exigences que Dieu a mises dans Sa Création. Une société qui s’écarte du Décalogue, constatait Frédéric Le Play, court à sa perte : chacun agit en ordre dispersé; aucune règle morale; les personnes y sont « dans le flou » ; le plus fort gagne. La communauté se dote de règles qui atrophient les personnes, les avilissent et les « poussent au crime ».

 

Bien sûr, lorsque des désordres se produisent, des hommes de qualité peuvent y remédier localement, ponctuellement. Mais il est décourageant de corriger de manière répétitive les effets pervers engendrés par une institution. Ces actions correctives sont source de pertes d'énergies et de détérioration des hommes. De plus, si une institution est mauvaise, bien des hommes vertueux y perdent vite leurs qualités. Toujours est-il que leur incombe la difficile tâche de sauvegarder, maintenir et si possible développer ce qui reste du patrimoine matériel, moral et spirituel chrétien[1].

 

Si les institutions peuvent avoir pour effet de corrompre les hommes, elles peuvent aussi les faire progresser. Le siècle de saint Louis reste, jusqu’à nos jours, un sommet de l’histoire des institutions. Les saints y occupent une place de choix et le « moral des ménages », comme celui de la nation, n’a d’égal que la solidité de l’économie, la splendeur des cathédrales, la puissance de l’écu et le prestige de la France !

 

Les mœurs, les usages, les pratiques, la qualité des comportements sont révélateurs de la qualité des institutions : la question morale ressort de la politique, c'est-à-dire des principes de gouvernement de la société. Et bien que le perfectionnement des individus ne soit pas la fin mais la conséquence d’une bonne organisation de la société[2], les gouvernants devraient tout ordonner pour qu'une part de bien-être matériel, intellectuel, moral et spirituel soit accessible à tous, car « un minimum de bien-être est nécessaire à l'exercice de la vertu » ; pour que la société connaisse la paix nécessaire à la vie commune ; pour qu'une vie morale soit possible, sans faire preuve de vertus héroïques ; pour que le plus grand nombre puisse, par là, faire son salut[3]. Chacun doit trouver en la société non pas une diminution mais une « valeur ajoutée » ; si tel n’est pas le cas, elle est plus à fuir qu'à rechercher.

 

Si des institutions saines ne suffisent pas à engendrer harmonie et prospérité, des institutions malsaines les empêchent d'éclore, les détruisent et corrompent les hommes. D’où, en plus de la conversion personnelle, l’impérieux « devoir de charité politique »[4] auquel nous sommes appelés.

Yann Le Coz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Voir la brochure de Jean Vaquié, La bataille préliminaire, supplément au n°225 de la revue de l’AFS.

[2] « En cherchant à produire les conditions générales du bien-vivre et en mettant en œuvre les causes qui peuvent les réaliser, l’État se trouve à exercer sur les citoyens une pression morale, une contrainte qui a pour effet propre de les améliorer en eux-mêmes… » R.P. Louis Lachance, L’humanisme politique, p58.

[3] « La fin de la politique est le bien humain, c’est-à-dire ce qu’il y a de meilleur dans les choses humaines. » Saint Thomas d’Aquin.

[4] « Plus est vaste et important le champ dans lequel on peut travailler, plus impérieux est le devoir. Et tel est le domaine de la politique qui regarde les intérêts de la société tout entière et qui, sous ce rapport, est le champ de la plus vaste charité, de la charité politique, dont on peut dire qu’aucun autre ne lui est supérieur, sauf celui de la religion. C’est sous cet aspect que les catholiques et l’Église doivent considérer la politique. » Pie XI - Discours à la Fédération Universitaire Italienne (18 décembre 1927).

« Il n'est pas un chrétien digne de ce nom qui ne s'emploie activement, dans la mesure de ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu, et à renverser ce qui lui fait obstacle. » Cardinal Pie.


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