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De la douceur envers le mal

En réfléchissant à l’extraordinaire crise doctrinale que traverse l’Eglise, on ne peut qu’être étonné de la faiblesse de la réaction de la plupart des fidèles. Ceux-ci, le plus souvent, acceptent – presque comme allant de soi –  que des erreurs doctrinales soient officiellement enseignées par des autorités ecclésiastiques de tous niveaux, sans protester, sans demander à leurs pasteurs rectifications et mises en garde, sans prendre la peine d’étudier et de défendre ouvertement les vraies doctrines ainsi mises en cause. En matière doctrinale, on constate une sorte de douceur envers ce mal qu’est l’erreur. S’agirait-il d’une falsification de la deuxième béatitude :  « Bienheureux les doux car ils possèderont la terre. » (Matt.5, 5) ?  Dans son sermon sur cette béatitude, Mgr Gay souligne la gravité de la fausse douceur, "douceur inintelligente, animale, terrestre" qui s'oppose à la force

(Mgr Gay, Sermons d’Avent, p.90):


   S’il faut apprendre de Jésus-Christ qu’Il est doux, il ne faut pas moins apprendre de Lui qu’Il est fort. Comme il y a une douceur nécessaire, il y a aussi une douceur interdite, et comme il y a une haine interdite, une colère interdite, une violence interdite, il y a aussi une haine, une colère, une violence ordonnées.

 

   Laisser le bouillonnement du sang submerger l’âme raisonnable, laisser le corps saisir l’esprit et le mener comme il lui plaît ; s’irriter, s’emporter hors de toute limite, pour un tort qu’on vous fait dans des biens misérables, pour un mot qui, pour être injurieux, ne vous abaisse pas d’un degré devant Dieu, et pourrait, bien supporté par vous, vous grandir de plusieurs ; s’irriter pour un accident, naturellement triste, je le veux bien, mais que, pourtant la souveraine bonté a permis, qu’elle a voulu peut-être, c’est aller contre la raison, c’est offenser la foi, c’est pécher. Périssent ces vaines colères, et qu’en face de si insignifiants dommages, l’élu de Dieu demeure invinciblement doux.

   Mais qu’entre Dieu et nous un obstacle survienne ; que le péché, la chair, le monde, Satan, tout ce que Dieu déteste, vienne à la traverse de notre sanctification personnelle, ou s’attaque, pour l’entraver, à la sanctification de nos frères ; que les ennemis de Dieu et de son Christ travaillent contre l’Eglise, écrivent contre la foi, sèment l’erreur pour, après, moissonner l’impiété ; qu’ils corrompent l’enfance, séduisent la jeunesse, composent, pour les hommes faits, des philosophies complaisantes et spécieuses ; qu’ils égarent le pouvoir et aveuglent les peuples ; que Dieu soit méconnu, outragé, blasphémé, ses lois violées, ses temples désertés, sa doctrine calomniée ; qu’en somme, les âmes se perdent et se perdent en foule, et que là devant, on reste insensible, inactif, sans colère, sans désir de combattre, sans effort pour arrêter le mal, sans le facile effort, au moins, du gémissement et de la prière : c’est une douceur absurde, une mansuétude impie, un désordre effroyable, un péché contre le ciel et contre la terre, un péché d’autant plus grand qu’on était plus haut placé et, par là même, chargé davantage de tous ces sacrés intérêts. Or, qui est pur, parmi nous, de cette douceur envers le mal ? (Mgr Gay, op.cit., p. 93-94.)


● Qui est pur, parmi nous, de cette douceur envers la forme particulière de mal qu’est le mal doctrinal, l’erreur et plus spécialement l’erreur religieuse ?"Erreur qui est l’un des principes les plus féconds du mal, soit privé soit social, comme aussi l’une des causes les plus puissantes de la perte des âmes et des nations".
(Mgr Gay, Instructions en forme de retraite, p.354)

● D’où la nécessité, pour nous laïcs, de ne pas rester muets sur les erreurs qui menacent notre foi mais de les combattre ; et, parallèlement, de bien connaître, de professer et de défendre les vérités auxquelles s’opposent ces erreurs. Lesquelles en priorité ? Celles qui nous intéressent plus directement, par exemple : la Royauté sociale de Notre Seigneur (*) et la doctrine sur les relations entre l’Eglise et l’Etat, la doctrine sur l’infaillibilité de l’Eglise, la doctrine sur les fins du mariage, les grandes condamnations touchant l’ordre social et politique et portant sur la philosophie de la révolution, la laïcité, le libéralisme catholique, la franc-maçonnerie(**).

   ● En conclusion, méditons ces deux adages pour en tirer une

ligne de conduite :

   "Quiconque aime la vérité déteste l’erreur (…) ; cette détestation de l’erreur est la pierre de touche à laquelle se reconnaît l’amour de la vérité".
(Ernest Hello, L'homme, Nouvelles éditions Perrin & Cie 1994, p.214)

   "Veritas, cum minime defenditur, opprimitur.

La vérité est opprimée quand elle est défendue mollement


Arnaud de Lassus
AFS 182
(*) Cf. Pour qu'Il règne, de Jean Ousset et le supplément au n°229 de l'AFS :  Etude  sur le Christ ROI (octobre 2013)
(**) Cf. les brochures publiées par l'AFS : Philosophie de la Révolution et droits de l'homme, Connaissance élémentaire de la laïcité, du libéralisme catholique, de la Franc-maçonnerie...


Par afs • Doctrine sociale de l'Eglise • Mardi 21/01/2014 • Version imprimable

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